123judo.fr - cours de Judo et Jiu-Jitsu défense personnelle à Montauban

Maître AWAZU

A l’occasion du 90e anniversaire de Shozo Awazu

Shozo Awazu l’exemple

Auprès de Kawaishi le fondateur, il y a eut Awazu. Au service du judo français comme aucun autre, Shozo Awazu en fut aussi l’âme. Sa présence discrète, patiente et inlassable pendant plus de cinquante ans dans les dojos nationaux a modifié pour le meilleur le destin du judo français. Derrière les mots, une attitude. Exemplaire.

« Les années collège………

J’avais dix ans et j’étais plutôt costaud. Mon père a demandé au professeur du lycée si je pouvais aller m’entraîner avec eux. Ce lycée à l’époque était champion du Japon, et les jeunes combattants étaient bien sûr plus vieux que moi de plusieurs années. Si c’était dur ? Ce n’est pas la question, dur ou pas dur. C’était juste obligatoire. Mon père me poussait et moi je poussais aussi dans la même direction. Comme mon père était un homme plutôt sévère, il poussait fort ! J’allais m’entraîner toutes les après-midi. Quand j’ai eu quinze ans, nous sommes devenus champions du Japon par équipes, deux années consécutivement.

Avant-guerre………

Le Japon de cette époque était très nationaliste et la région de Kyoto était elle-même très nationaliste par rapport au reste du Japon. Et dans le milieu du Budo, l’esprit de la région était celui de la Butokukai, une association pour la pratique des arts martiaux traditionnels du Japon, qui a été dissoute par les Américains pour son nationalisme. Mes deux professeurs de judo étaient très sévères, ils nous frappaient ! Ça faisait comme cela à cette époque. Il n’y avait jamais d’excuses. Si on perdait une compétition, c’était grave. « Pourquoi perdu ? », on n’avait jamais assez travaillé, on n’était pas allé assez loin. C’était une autre époque… Mais il m’en est resté cette idée. Il faut continuer jusqu’au bout, persévérer, travailler, travailler, travailler, travailler, jusqu’à triompher des obstacles. Il est trop fort, il n’y a pas moyen. Il faut chercher et travailler encore, sans arrêter en chemin. On ne pensait pas si c’était agréable, si les professeurs avaient tort. Aujourd’hui, on mène des vies plus agréables, mais quand tout le monde est toujours gentil avec nous, ce n’est pas possible de s’améliorer.

Deux championnats du Japon………

J’avais dix-sept, dix-huit ans au début de la guerre et je me suis retrouvé vers vingt-et-un ans dans une section spéciale de l’armée de terre. C’était dur. J’ai repris des études après-guerre dans une école privée où il n’y avait pas de judo. D’ailleurs, il n’y avait de judo nulle part à ce moment-là puisqu’il avait été interdit par les occupants américains. On se regroupait quand on pouvait pour des entraînements discrets, dans les dojos de police par exemple. Le judo a fini par être à nouveau autorisé et des championnats nationaux ont été organisés. J’ai fait ces championnats, qui regroupaient les seize meilleurs combattants du Japon toute catégories, en 48 et en 49. En 48, j’ai été battu à la décision par lto Tokaji, un professeur de la police d’Osaka et en 49, après avoir gagné un premier combat au sol, j’ai été battu encore à la décision par Toshio Yamaguchi, un ancien champion de l’université de Waseda qui s’apprêtait à devenir catcheur professionnel.

Kobe-Marseille, vingt-huit jours………

Monsieur Kawaishi, le professeur qui avait lancé le judo en France, avait été obligé de rentrer au Japon pendant la période de la guerre. Il était de la région d’Himeiji (vile côtière à 100km environ de Kyoto, NDLR), comme Monsieur Kurihara, qui était professeur à Kyoto et qui connaissait bien mon judo. Ce dernier m’a présenté à Monsieur Kawashi. Il est reparti en décembre 1948 et on m’a présenté à Monsieur Kawashi. Il est reparti en décembre 1948 et mon m’a demandé de le rejoindre comme assistant, ce que je n’ai pu faire qu’un an et demi plus tard, le temps qu’il a fallu pour obtenir un visa. J’ai fait vingt-huit jours de bateau, avec un permis spécial pour quitter la classe économique et faire un peu de footing sur le pont. Parti de Kobe, j’ai débarqué en juillet 1950 à Marseille. Quelques heures plus tard, j’étais déjà invité à rencontrer une ligne de quinze judokas de la région et je n’ai pas pu refuser. Je n’étais pas du tout en forme et très fatigué. Le douzième m’a fait tomber ! C’était monsieur Oudart de Toulon, qui avait fait 3e des championnats de France toutes catégories, aujourd’hui septième dan. Sur un hiza-guruma, je crois. Ce fut ma première leçon française et une bonne leçon. Il faut se préparer sérieusement ou alors refuser de faire.

J’étais là pour un an………

Je suis monté à Paris pour m’occuper du Judo Club de France. Il y avait là Jean Gaihlat qui s’occupait des cours et qui m’a assisté avec beaucoup de sympathie à mon arrivée, il y avait aussi les judokas de l’époque les Cauquil, Levannier, Pelletier. Mes débuts ont été difficiles. Je ne gagnais pas d’argent, il fallait que je donne des cours particuliers pour vivre. À l’époque, la Fédération, c’était une chambre dans un foyer et une dame qui s’occupait des deux à trois mille licences du judo français. Monsieur Kawashi avait organisé des démonstrations avec moi dans toute la France, notamment un grand gala en octobre 1950 au Palais des Sports à paris. Progressivement, on a eu de plus en plus de sollicitations. J’étais là pour un an et je n’arrivais pas à repartir… Mais je m’étais marié en février 1949 au Japon et cela faisait deux ans et demi que je n’avais pas vu ma femme. Elle est finalement arrivée en France en janvier 1953. La vie est comme cela. Est-ce que c’était difficile ? Content… Pas Content… On ne peut pas penser comme ça. Je n’entre pas en conflit avec les gens, c’est mon système, et si on est malheureux un jour, le lendemain et meilleur. Le judo m’a toujours appris la patience.

Deux judo ?………

En 1951, Monsieur Abe est arrivé en France. C’était un expert du kodokan invité par un club toulousain. Cela a créé un grand mouvement dans le judo français, une séparation entre ceux qui étaient fidèles à la méthode de Monsieur Kawashi et ceux qui étaient impressionnés par les démonstrations plus mobiles de Monsieur Abe. Beaucoup de choses ont été dites, et faites à cause de cela, mais tout cela n’était que le judo ! Monsieur Kawashi, Monsieur Abe défendaient la même chose.

La théorie du judo………

Le judo c’est « kuzushi » le déséquilibre, « tsukuri » le placement, « kake » la projection. Et d’abord « shizentai », la posture du corps droite et naturelle. On cherche l’harmonie des mouvements et c’est la tête qui commande ! Avec le physique tout seul, on ne peut pas gagner. Tout cela est très important à comprendre, c’est le judo. « Shizentai » notamment, qui est la position du corps du judoka la plus efficace et la moins fatigante, mais il faut avoir longtemps travaillé pour la comprendre. Au début, on tombe ! Vous croyez que Kosei Inoue (champion du monde et olympique japonais, NDLR), il n’est pas tombé au début avec sa position « shizentai » ? Mais maintenant, il a confiance en lui grâce à ce travail, il est devenu un grand champion et son esprit est fort. Le judo, c’est la recherche du mouvement naturel. D’abord, on reste droit et ferme comme le saule dans le vent. Mais cela dit, la théorie c’est facile, l’efficacité c’est autre chose. Alors il ne faut pas bavarder sur tout cela, mais travailler.

On ne peut pas expliquer………

L’esprit du judo ? On ne peut pas expliquer. Ce qui est important, c’est de travailler,d e faire preuve de beaucoup de patience et de comprendre tout seul. Tout le monde connaît la théorie la théorie du judo, mais s’il y a des résultats, alors c’est qu’il y a une bonne méthode. La question c’est, quel résultat ? Aujourd’hui, quelque chose change, l’esprit est moins fort à cause de la diffusion du judo dans le monde entier. C’est normal, car l’esprit du judo est difficile à préserver. Mais tant que l’on pratique, on peut comprendre, on peut entrer en contact avec les autres, sentir l’atmosphère crée par les professeurs. Le professeur donne le bon exemple, il n’explique pas l’esprit, il montre. Il essaye par tous les moyens d’aider l’élève à améliorer son travail. L’esprit, ce n’est pas obligatoire ! Ce qui compte c’est de ne pas arrêter le judo. Là seulement, c’est fini.

Le judo japonais………

Le salut n’est pas souvent bien exécuté, alors que c’est très important le salut. C’est une façon de demander quelque chose et c’est aussi une façon de répondre à la demande, c’est une prise de contact avec la politesse nécessaire. Si il n’y a en qu’un seul qui salue, ce n’est pas possible. La compétition sans le salut cela ne va pas. Aux derniers championnats du monde à Osaka, même les Japonais n’ont pas tous eu une bonne attitude. Comme l’idée du judo vient du Japon, les Japonais sont comme le fils aîné de la famille. Si il ne donne pas le bon exemple, les fils qui viennent ensuite ne peuvent pas aller dans la direction. Les Japonais doivent être forts, sinon ils ne seraient pas respectés, mais en plus ils doivent chercher à marquer ippon et faire attention à leur attitude.

L’idée du judo………

Ce que le judo m’a appris, c’est à ne jamais abandonner. Par exemple en ne-waza, c’est comme cela, il y a une lutte et le premier qui abandonne, il a perdu. Le judo apprend la résistance, donne du caractère. Si on pratique bien, on se forme un bon caractère. C’est cela l’idée du judo : former un bon caractère, pour la vie. Un esprit fort et droit. Ceux qui ne le comprennent pas, ceux qui pensent uniquement à gagner la compétition, c’est dommage. Quand l’esprit est fort, on peut travailler avec les autres et pour les autres – celui qui ne le sait pas, n’est pas bon judoka. Quand l’esprit est fort et que l’on sait travailler avec les autres et pour les autres, on peut être utile à la société. C’est important, et peut être qu’on le sait moins aujourd’hui. En province, on sent encore cela souvent : le judo c’est d’abord de la camaraderie. Tout le monde s’entend bien et partage quelque chose. C’est le judo qui a formé de bons caractères. Mais, bien sûr, c’est difficile. Sinon tous les grands champions, tous les hauts gradés devraient automatiquement avoir un bon caractère et un esprit droit. Il y en a beaucoup ! Mais pas tous.

Après 30-40 ans………

Le travail du judo doit suivre un cycle des âges. On doit travailler avec intensité le plus longtemps possible. Physiquement, on se développe jusqu’à trente ans – mais attention à ne pas devenir trop fort, sinon on perd de la vitesse ! – mais vers trente – quarante ans, le corps change et il faut savoir changer sa forme de travail aussi. Un accident, c’est le signe que l’entraînement ou le mode de vie ne sont pas équilibrés. À ce moment de la vie, il est important que le travail soit agréable, que l’opposition soit raisonnable, fondée sur la technique. Le corps et l’esprit doivent marcher ensemble sur ce chemin. Le judo, c’est l’esprit de l’équilibre.

Il faut essayer sincèrement………

Le judo a plus de 100 ans et il a beaucoup évolué. Les gens ont encore beaucoup d’idées pour le judo moderne. Bonnes ou mauvaises, ce n’est pas la question. Il faut toujours penser à améliorer, toujours essayer de faire avancer. Quand on reste immobile, c’est fini. Mais, il faut aussi bien étudier avant de vouloir changer, bien connaître les anciennes idées et les anciennes méthodes pour comparer et améliorer. Et puis, il faut rester très sincère, ne penser qu’à améliorer pour le meilleur du judo. Si quelqu’un commence à penser « intérêt », alors c’est fini aussi.

Je ne suis pas inquiet………

Avec un judoka en face de moi, je suis toujours content. C’est pour cela que je ne suis pas inquiet. Tant que deux judokas peuvent travailler ensemble, sans brutalité, alors cela ira. Et si l’un des deux ne comprend pas, alors l’autre peut le lui dire gentiment. Ce qui compte, c’est que, quand on pratique le judo ensemble, notre relation soit meilleure après le travail qu’avant. C’est cela notre système d’éducation par le judo. »

Sensei Shozo Awazu, 9e dan